Soixante ans après l’assassinat de Malcolm X : sa famille attaque le NYPD et le FBI en justice.

Soixante ans après l’assassinat de Malcolm X : sa famille attaque le NYPD et le FBI en justice.

Soixante ans après l’assassinat de Malcolm X, la bataille pour la vérité entre dans une nouvelle phase. Ses filles ont engagé une procédure devant un tribunal fédéral de New York afin de faire la lumière sur le rôle présumé du Federal Bureau of Investigation (FBI) et du New York City Police Department (NYPD) dans son meurtre — et dans la dissimulation qui aurait suivi.

Le 21 février 1965, le leader afro-américain était abattu à l’Audubon Ballroom, à Harlem, alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole devant l’Organisation de l’unité afro-américaine. Il avait 39 ans, vivait dans le Queens avec son épouse et leurs quatre filles, et travaillait à internationaliser la lutte contre le racisme aux États-Unis, notamment en saisissant les Nations unies.

Une équipe juridique de premier plan.

Pour porter cette plainte historique, la famille s’est entourée d’avocats chevronnés en matière de violences policières et de droits civiques. Parmi eux, l’avocat de Chicago Flint Taylor, connu pour son travail sur l’assassinat de Fred Hampton, figure emblématique des Black Panthers tuée lors d’une opération policière en 1969.

Selon Taylor, Malcolm X aurait été ciblé dans le cadre d’une stratégie fédérale visant à neutraliser les leaders capables d’unifier et de dynamiser les mouvements nationalistes noirs. Une logique déjà à l’œuvre contre d’autres organisations radicales de l’époque, surveillées et infiltrées par les services fédéraux.

Une version officielle fragilisée.

Pendant des décennies, l’histoire communément admise voulait que des membres de la Nation of Islam — mouvement religieux dirigé par Elijah Muhammad — aient agi seuls, sur fond de rupture idéologique avec Malcolm X.Mais cette version a été sérieusement ébranlée.

En 2020, la série documentaire Who Killed Malcolm X? relance l’affaire. Dans la foulée, une réenquête conjointe menée par l’Innocence Project et le bureau du procureur de Manhattan aboutit à l’exonération de deux hommes condamnés à tort, Muhammad Aziz et Khalil Islam. La ville de New York leur a versé 26 millions de dollars en 2022, tandis que la procédure contre le FBI reste en cours.

Des documents déclassifiés ont révélé des zones d’ombre : présence d’informateurs, surveillance rapprochée, éléments dissimulés à la défense. Le nom de William Bradley, membre d’une mosquée de Newark, revient avec insistance comme étant celui de l’homme qui aurait tiré le coup fatal. Des éléments suggèrent qu’il aurait pu être lié aux services fédéraux.

Le cœur du litige : la dissimulation.

La plainte déposée par la famille affirme que les autorités n’ont pas seulement échoué à empêcher l’assassinat : elles auraient contribué à créer les conditions de sa réalisation, puis couvert les véritables responsabilités. Le FBI invoque aujourd’hui la prescription — trois ans — pour tenter de faire classer l’affaire. Les avocats rétorquent que cette prescription ne peut s’appliquer lorsque les faits ont été volontairement dissimulés, privant la famille de son droit fondamental à un recours effectif.

Les documents récemment transmis par les autorités, souvent lourdement caviardés, alimentent au contraire les soupçons d’un secret d’État maintenu pendant six décennies.

Le maire élu de New York, Zohran Mamdani, est désormais interpellé : ouvrira-t-il l’intégralité des archives municipales liées à l’affaire, ou perpétuera-t-il un silence institutionnel vieux de 60 ans?

Au-delà des indemnisations financières, la famille réclame aussi une reconnaissance publique et pédagogique. Elle souhaite que l’histoire complète de l’assassinat soit enseignée dans les écoles publiques new-yorkaises, à l’image de ce qui a été obtenu à Chicago concernant les crimes policiers liés à l’affaire Hampton.

Pour les proches de Malcolm X, il ne s’agit pas seulement d’un combat judiciaire : c’est une exigence de justice restauratrice. Lever le voile sur la vérité, réparer symboliquement et matériellement, et restituer à l’histoire américaine l’une de ses pages les plus sombres. Comme beaucoup de figures révolutionnaires, Malcolm X a été transformé en icône inoffensive : son visage figure même sur un timbre postal américain. Pourtant, ses idées — conscience noire, autodétermination, solidarité internationale, indépendance vis-à-vis des partis dominants, droit à l’autodéfense — continuent d’inspirer.

À l’heure où les débats sur le racisme structurel, les violences policières et la mémoire historique traversent les États-Unis, la plainte déposée par ses filles réactive une question fondamentale : peut-on construire une démocratie solide sur des vérités enterrées ?Soixante ans après les coups de feu de Harlem, la justice américaine est placée face à son propre passé.

Source: https://oumma.com/soixante-ans-apres-lassassinat-de-malcolm-x-sa-famille-attaque-le-nypd-et-le-fbi-en-justice/

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