Pourquoi les précédentes initiatives n’ont pas abouti, à commencer par la loi de 2017.

Suite à son premier écrit sur l’avant-projet portant sur les libertés religieuses au Burkina Faso, imam Ismaël Tiendrébéogo revient sur la deuxième partie de son plaidoyer.
et PARTIE 2.
Pourquoi les précédentes initiatives n’ont pas abouti, à commencer par la loi de 2017.
Comme on le constate, depuis des décennies, la nécessité de l’encadrement des actions de l’État par la laïcité se pose et des initiatives ont été prises pour y répondre. La plus emblématique de celles-ci étant le projet de loi de 2017, parvenu jusqu’à l’assemblée nationale pour être finalement retiré.
La raison principale en était d’une part, l’absence de concertation de la partie musulmane, alors que ce fut le cas des autres communautés religieuses, et surtout, d’autre part, l’adoption de la stratégie de l’alignement. Plusieurs exemples fondent ma perception.
Lors d’un atelier, convoqué pour la validation du projet de loi, Soumaïla SAVADOGO, représentant la F.A.I.B., s’était vu refuser la possibilité de proposer des amendements au texte, au motif qu’on n’en était plus à l’étape des amendements mais de celle de la validation, les communautés religieuses ayant eu l’occasion de le faire lors d’un précédent atelier.
Étonné de cette réponse et surtout soupçonneux de son invraisemblance, il avait demandé l’identité du représentant de la F.A.I.B. et s’était entendu dire que c’était l’auteur de cette publication. Séance tenante, il m’a appelé puis a rapporté ma dénégation à l’organisation qui a alors bafouillé : la F.A.I.B. n’avait pas été invitée à l’atelier d’amendement de la loi et l’administration n’avait pas répondu favorablement à notre demande de transmission de certains documents, y compris la version finale, d’après-atelier. Jusqu’à ce jour.
Lorsque le texte a refait surface à l’Assemblée nationale, c’est donc sans aucune surprise qu’il a été retiré. D’autres exemples de la non-prise en compte de la position des associations islamiques existent.
Par exemple, à l’occasion des concertations pour l’adoption de la journée de travail en continu, « le CERFI, à travers la correspondance N°2015-014/CERFI/BEN/Pres/CAB du 5 mai 2015, restée sans suite, attirait l’attention de Monsieur le Ministre en charge de la Fonction Publique sur la nécessité d’un aménagement du temps de travail de la journée du vendredi, pour tenir compte de l’obligation cultuelle des musulmans relative à la grande prière hebdomadaire » (Déclaration du 9 septembre 2015).
La journée de travail en continu fut adoptée dans un premier temps sans aménagement. Puis, par la suite, les tractations, les déclarations et les relances aboutirent…Pourquoi cette situation ? La raison est simple. Pour de nombreux acteurs, y compris l’Administration, ce serait uniquement les musulmans qui feraient des réclamations alors que les autres semblent se satisfaire des décisions et textes. En réalité, cette compréhension révèle une stratégie de l’alignement des confessions religieuses sur une organisation préexistante : si les autres communautés ne disent rien, pourquoi une en particulier devrait élever sa voix ?
Par exemple, sur la question de l’aménagement de la journée de travail en continu, pourquoi les autres communautés devraient faire des réclamations alors que l’organisation de la semaine de travail leur dédie un jour d’adoration qui est fériée, du fait de notre histoire coloniale ? Dimanche, ou jour du Seigneur, est justement férié pour permettre aux chrétiens d’aller à leurs cultes.
Quid des musulmans dans cette affaire ? Doivent-ils se taire sur la non-prise en compte de leur jour de culte alors que nous habitons un pays laïc, censé leur accorder la possibilité de suivre leurs cultes de la même manière qu’il l’a fait pour les autres ? C’est cette même logique qui prévaut dans l’avant-projet de loi actuel, dont la logique semble être d’interdire la possibilité d’aménagement d’espaces de prière, sans indiquer la communauté en question par fausse neutralité, car il est de notoriété que seuls les musulmans seront concernés par cette interdiction.
La liberté de culte ne devrait pas être une liberté relative, comparativement à une communauté donnée, mais une liberté absolue que seuls peuvent remettre en cause, le maintien de l’ordre public, la préservation de la sécurité nationale et de la santé publique.
Si les musulmans prient cinq fois par jour, comment leur opposer des pratiques religieuses hebdomadaires pour restreindre leur liberté de culte ? Je rappelle à toutes fins utiles qu’un projet de loi avec le même intitulé a fait l’objet de concertations avec les communautés religieuses (musulmanes, chrétiennes et coutumières) appuyées par des techniciens de l’Administration territoriale.
Sur le point précis de la présence d’espaces de prière dans les administrations publiques, les participants à l’atelier avaient proposé le maintien des espaces de prières existant jusqu’à la date de l’adoption du texte, et d’en interdire la création de nouveaux.
Mais à écouter le Ministre de l’Administration, ce ne serait pas le cas de la version qu’il porte, puisqu’il mentionne l’interdiction de toute forme d’aménagement et le délai d’un mois pour supprimer les espaces existants. Qu’est-ce qui pourrait expliquer ce durcissement ? Des atteintes à la cohésion sociale ? Des atteintes à la laïcité ?
Des risques d’extrémisme religieux ? Quelle causalité peut-on trouver entre ces espaces de prières, qui existent pour certains depuis près d’une cinquantaine d’années, et des recriminations ? Pour le cas par exemple, de l’Université de Ouagadougou, l’actuel université Ky-ZERBO, de nombreux espaces de prière existent depuis plus de trente ans. Il en est de même dans de nombreux services publics.
Qu’a-t-on eu à leur reprocher ? Est-ce des reproches extensibles à l’ensemble des espaces de prière dans de nombreux services ? Quelles raisons peuvent soutenir une interdiction globale d’une pratique qui existe depuis des décennies ? Ces espaces n’ont pas été aménagés par bravade ou par esprit sectaire mais par nécessité car ils permettent aux musulmans d’exercer leur liberté de culte tel que garanti par la Constitution.
Source: page de Imam Ismael Tiendrébéogo



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