« Et si on arrêtait d’attendre que la vie soit belle ? » : à la poursuite du bonheur dans un monde qui va mal.

Comment être heureux dans un monde qui va si mal ?
Comme le relève Matthieu Peltier, face à une actualité peu réjouissante, on ne peut s’empêcher de se dire des phrases qui commencent par « et si… » :Nous avions d’autres dirigeants ? Nous n’avions pas ces guerres ? Nous n’avions pas ces problèmes de pollution ou économiques ?
De même, de façon plus personnelle, on peut se dire vis-à-vis des difficultés de la vie : « Et si seulement j’avais un autre travail ou si je vivais au soleil, et si… ? » Cette façon de penser à coups de questions conditionnelles laisse entendre que le monde ou notre vie auraient dû être autrement, « dans une version, plus douce, plus juste, plus conforme à nos représentations de ce qu’est la vie bonne », explique Matthieu Peltier.
Une vie qui aurait dû être meilleure ? Une énergie dépensée inutilement à rêver d’ailleurs
Dans Le Réel et son double, Clément Rosset, philosophe français décédé en 2018, démontre de manière radicale et joyeuse que cette vie meilleure que l’on attend n’existe tout simplement pas. Le réel est idiot, du grec, ‘unique et singulier, sans équivalent’. « Il y a ça : ce matin, ce corps-ci, cette vie-ci et rien d’autre », reprend le professeur d’éthique et de philosophie à l’EPHEC.
Pour Rosset, notre malheur vient de notre obstination à croire qu’ailleurs il existe un autre réel plus vrai et plus beau, débarrassé de ce qui nous dérange et nous déplaît. Notre erreur selon lui est de consacrer notre énergie à comparer ‘ce qui est à ce qui devrait être’.
L’Amor fati ou l’amour du destin de Nietzsche : conserver une « joie tragique
« Si l’on opère le bon retournement d’accepter de vivre pleinement dans un seul réel et non plus dans le fantasme, nous pouvons vivre selon Nietzsche dans ‘une joie tragique’.
« Il ne dit pas ‘courage, la vie est dure, cela ira mieux demain’. Il dit quelque chose de bien plus vertigineux : ‘aime cette vie, aime ce qui arrive’. Non pas malgré la douleur, l’échec ou la laideur, mais avec tous ses aspects », développe Matthieu Peltier.
Pour mesurer si l’on est bien dans cette posture, le philosophe allemand propose le test de ‘l’éternel retour’ : à savoir aimer cette vie au point « où on devrait vouloir qu’elle se répète ainsi à l’infini ».
Avec ce refus de marchander avec l’existence, Nietzsche propose de cesser d’être des clients insatisfaits de notre propre vie, un état d’esprit qui alimente le ressentiment.
Au lieu de cela, il propose la joie tragique, une vraie joie qui ne repose sur aucun espoir, « qui ne vient pas de la promesse que les choses vont s’améliorer, mais qui vient de l’adhésion pleine et entière à ce qui EST, tel que c’EST, fragile, imparfait et éphémère.
On pourrait dire que c’est une allégresse lucide, les yeux grands ouverts ».Ainsi, la vie n’a pas besoin d’être belle selon l’auteur de Par-delà le bien et le mal, « elle a besoin qu’on lui dise pleinement OUI », précise Matthieu Peltier.
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https://www.rtbf.be/article/et-si-on-arretait-d-attendre-que-la-vie-soit-belle-a-la-poursuite-du-bonheur-dans-un-monde-qui-va-mal-11702372



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