PARABOLE Chapitre 1 : L’existence de Dieu (2) — Le mal et le bien.

PARABOLE Chapitre 1 : L’existence de Dieu (2) — Le mal et le bien.

Le mal est-il la preuve que Dieu n’existe pas, ou au contraire la preuve de Sa perfection ?

Dans ce deuxième volet du dialogue, Tamime Khemmar retourne l’argument du mal contre lui-même et montre que la dualité du bien et du mal, loin de contredire l’unicité de Dieu, en est l’une des preuves les plus éloquentes. Une réflexion qui s’élève jusqu’aux Noms d’Allah et à la beauté du repentir, et qui se conclut sur une histoire aussi sage que souriante — celle d’un diable pris à son propre piège. (IA2)

Par Tamime Khemmar

— Continuons notre discussion. Le mal et le chaos prouvent-ils l’existence de plusieurs dieux ? Non. Formulé de cette manière, cela n’est pas une preuve. Ce qu’il faudrait dire plutôt, c’est : le combat du mal contre le bien prouve l’existence d’au moins deux dieux. Or, ceci est aussi faux et prouve le contraire, car la dualité du bien et du mal prouve l’unicité de leur concepteur, tout comme la dualité du mâle et de la femelle, du jour et de la nuit, du sucré et de l’amer, et de tous les opposés. Ceci est un premier point. Le deuxième est que l’existence du mal implique forcément celle du bien, vu que c’est son contraire. Celui qui veut un univers sans mal veut automatiquement un univers sans bien.

— C’est une réflexion très pertinente. L’existence du mal ne prouve pas l’existence de plusieurs dieux, bien au contraire, elle renforce l’idée d’une volonté unique qui régit les contraires. Toutes les oppositions que nous observons dans l’univers — bien et mal, jour et nuit, chaud et froid, vie et mort — suivent une harmonie et un équilibre.

Cet équilibre montre qu’il y a une seule source qui les régit et qui a établi cette dualité. Si le bien et le mal provenaient de dieux distincts, ils seraient en perpétuel conflit et l’univers sombrerait dans un chaos ingérable. Or ce que nous observons, c’est un équilibre précis et maintenu, ce qui prouve qu’un seul Être a conçu et régit ces oppositions.

Le mal est perçu comme un manque ou une déviation par rapport au bien, tout comme l’ombre est l’absence de lumière. Vouloir supprimer tout mal reviendrait à nier l’existence même du bien, car c’est par contraste que nous pouvons définir et reconnaître les deux concepts. Le Coran l’affirme clairement : « Si dans les cieux et la terre il y avait des divinités autres qu’Allah, ils seraient certes dans le chaos. » (Sourate Al-Anbiyâ, 21:22)

— Je vais t’expliquer ce qu’est le mal. Le mal est une chose relative. Il se peut que quelque chose soit un mal à un moment et ne le soit pas à un autre moment, ou soit un mal pour quelqu’un et non pour un autre.

Cette règle s’applique d’une manière générale aux hommes et à leurs actes. Certaines choses sont moralement acceptables dans une société ou à une époque et ne le sont pas ailleurs. Même les législations d’Allah diffèrent d’un peuple à un autre. Si l’on essaie de comprendre la relation du mal avec Allah, il faut comprendre qu’Il en est exempt, et que Ses actes sont exempts de tout mal.

Comment réunir ces deux notions qui ont l’air contradictoires ? Eh bien, le mal n’est ni dans les actes d’Allah, ni dans Ses attributs, ni dans Ses intentions envers les hommes. Le mal est dans Sa création, tout comme le bien, et ces deux réalités sont deux faces d’une même pièce. Le mal est relatif aux créatures et aux hommes, tout comme le bien. Seulement, par rapport à Allah, tout cela est perfection, sagesse, bonté et miséricorde.

— Cette explication est essentielle pour comprendre la nature du mal dans une vision théologique cohérente. Ce qui est perçu comme un mal peut varier selon les circonstances, le temps et la personne qui en est affectée. Une chose peut sembler mauvaise à court terme mais bénéfique à long terme. Une maladie, par exemple, peut être vue comme un mal, mais elle peut purifier une personne, la rapprocher d’Allah ou même lui éviter un mal plus grand. Si nous attribuions le mal à Allah, cela impliquerait qu’Il pourrait être injuste ou cruel, ce qui contredirait Sa perfection absolue. Mais puisque tout ce qu’Il fait est guidé par la sagesse, la justice et la miséricorde, ce que nous percevons comme du mal doit être replacé dans un cadre plus large que nous ne pouvons saisir entièrement.

Le monde fonctionne avec des lois précises, et ce que nous appelons mal est souvent le résultat du fonctionnement de ces lois. Le feu brûle, l’eau noie, la maladie affaiblit… mais toutes ces choses ont aussi des bienfaits. Allah a créé un monde où le bien et le mal sont interconnectés, et où ce qui semble mauvais peut être une source de sagesse et d’apprentissage.

— Je voulais dire que le bien peut être un mal et que le mal peut être un bien. Jouir de la vie peut sembler être un bien, mais si cela se fait dans la désobéissance à Allah et mène à mériter Son châtiment, alors c’est un grand mal.

— Exactement. Ce qui peut sembler être un bien à court terme peut en réalité être un mal à long terme, et inversement. C’est pour cela que la vision humaine du bien et du mal est limitée, alors qu’Allah, dans Sa sagesse infinie, sait ce qui est réellement bon ou mauvais pour Ses créatures. Une épreuve peut paraître comme un mal, mais si elle pousse une personne à se repentir, à se rapprocher d’Allah et à purifier son âme, alors elle devient un bien immense.

À l’inverse, une vie de plaisirs et de facilité peut être une grande épreuve si elle éloigne quelqu’un d’Allah et le mène à la perdition. Allah dit dans le Coran : « Il se peut que vous détestiez une chose alors qu’elle est un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle est un mal pour vous. C’est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas. » (Sourate Al-Baqara, 2:216)

— Bravo. Un dernier point. Si le mal n’existait pas, il n’y aurait pas d’épreuves pour discerner le bon du mauvais, le croyant du mécréant… Le grand combat entre le bien et le mal n’aurait jamais existé, et on n’aurait jamais eu de prophètes, de martyrs, de héros, de batailles fantastiques et d’épopées grandioses…

La patience et la résilience des hommes n’auraient jamais eu lieu… Bref, que de bien l’humanité a eu à cause de ce mal.

— Sans le mal, il n’y aurait ni épreuves ni distinctions entre les sincères et les hypocrites, entre ceux qui choisissent la vérité et ceux qui s’en détournent.

L’histoire de l’humanité, avec ses luttes et ses triomphes, ses sacrifices et ses victoires, n’aurait tout simplement pas de sens. Allah a voulu que ce monde soit un champ d’épreuves où chacun est testé dans sa foi, sa patience, son endurance et son attachement à la vérité. C’est à travers ces épreuves que se révèlent les croyants sincères, les héros de l’humanité, ceux qui se lèvent contre l’injustice et défendent la cause d’Allah.

Le Coran affirme clairement cette sagesse: « C’est Lui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver et de savoir qui de vous est le meilleur en œuvre. Et c’est Lui le Puissant, le Pardonneur. » (Sourate Al-Mulk, 67:2)

— Plus important encore, lorsque l’on sait que le plus grand mal est le péché et que son initiateur est le diable, ceci n’est-il pas la raison de la repentance de l’homme et de son retour vers son Créateur, humble, brisé par le remords et plein d’espérance ? Ceci n’est-il pas aussi la raison inéluctable des conséquences des Noms d’Allah, qui renferment les qualités du pardon, de la clémence, de l’indulgence et de l’acceptation du repentir ?

— Exactement ! Sans le péché, il n’y aurait pas de repentance, et sans repentance, il n’y aurait pas la manifestation des Noms d’Allah liés au pardon et à la miséricorde. Al-Ghafour — le Pardonneur, At-Tawwab

— Celui qui accepte le repentir, Ar-Rahîm

— Celui qui fait miséricorde, Al-Halîm

— le Très Clément, Al-‘Afouww

— Celui qui efface les fautes… Tous ces Noms divins trouvent leur signification dans l’existence du péché et du retour à Allah.

Si les hommes n’avaient jamais fauté, ils n’auraient jamais goûté à la douceur du repentir ni expérimenté la miséricorde infinie de leur Seigneur. Le Prophète ﷺ a dit : « Par Celui qui tient mon âme dans Sa main ! Si vous ne péchiez pas, Allah vous ferait disparaître et Il amènerait des gens qui pécheraient, puis demanderaient pardon à Allah, et Il leur pardonnerait. » (Muslim)

— Je vais te raconter une histoire qui te fera sûrement rire. Le diable, Iblîs, vit un homme qui s’affairait à adorer Allah sans relâche. Il s’approcha de lui et se mit à le tenter jusqu’à ce qu’il parvienne à le faire commettre les pires péchés. Cela dura un moment, puis l’homme se repentit, regretta ses péchés et se mit à pleurer, suppliant Allah de lui pardonner. Allah lui pardonna et éleva son rang bien plus haut qu’il ne l’était lorsqu’il était un fervent adorateur, car il était rempli de fierté et d’orgueil, tandis qu’à présent, il était empli d’humilité et de reconnaissance envers son Bienfaiteur, Allah. Lorsque le diable vit cela, il se mit à pleurer et dit : « Pourquoi donc l’ai-je tenté et égaré ! »

— C’est une histoire pleine de sagesse et d’ironie !

Elle illustre parfaitement comment le mal peut, malgré lui, conduire à un bien plus grand. Le diable pensait faire chuter cet homme, mais en réalité, il a été un instrument involontaire de son élévation. C’est un rappel puissant que la sagesse d’Allah dépasse toute ruse et que même le mal peut être transformé en un bien supérieur. Cette scène doit se répéter chaque jour avec des millions de repentis à travers le monde, et le diable doit être en rage constante !

— Sache, mon amie, qu’il y a deux sortes de rires : rire de ce qui est comique, et rire de ce qui est étonnant. Mais ne me demande pas quelle est la frontière entre les deux, car je pense qu’ils s’enchevêtrent parfois, comme dans notre histoire.

— Tu as raison. Dans cette histoire, il y a à la fois l’ironie divine qui étonne et la situation du diable qui se prend à son propre piège, ce qui a quelque chose de comique. Ce qui nous fait rire ici, c’est peut-être justement cette surprise face à la sagesse d’Allah qui retourne les plans du mal contre lui-même.

Source: ajib.fr

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