Quand l’intelligentsia et la responsabilité du CERFI abordent l’actualité nationale sous le prisme de l’islam et tradition.

ISLAM ET TRADITION
Quand l’intelligentsia et la responsabilité du CERFI abordent l’actualité nationale sous le prisme de l’islam et la tradition.
Par AROUNAN GUIGMA
« Islam et tradition « , c’est le thème évocateur des conférences régionales qu’à organisées le Cercle d’études de recherches et de formations islamiques (CERFI) à l’endroit des populations de notre pays, le dimanche 3 mai 2026 dans toutes les provinces du Burkina. Cette activité avait pour but de clarifier certains concepts faisant objet de polémiques et d’incompréhension depuis quelques mois : notamment la question de la tradition, galvaudée d’une part, par des usurpateurs appelés « KAMITES » qui semblent en abuser et en faire une récupération politique et instrumentalisée de nos traditions, et d’autre part, une minorité de musulmans, enchevêtré dans l’égoïsme et leur incapacité à tolérer la diversité religieuse, pire, à faire de la religion de l’islam , quelque chose d’abstrait et éhontée aux yeux des masses non musulmanes.
De prime à bord, le CERFI est à saluer pour sa clairvoyance dans sa contribution à une explication saine et diversifiée des approches religieuses et spirituelles notamment l’islam et la tradition. Permettre aux Burkinabè de comprendre que la tradition fait partie de nos valeurs et qu’il faille les respecter même si nous n’adhérons pas à certaines ou l’entièreté de ses pratiques et conceptions. Il va de soi pour l’homme de foi musulman quand l’enseignement islamique lui recommande d’adopter une attitude de respect dans la responsabilité envers le monde de la tradition.
Il est évidemment indiscutable que le culte aux fétiches et aux idoles est une pratique obsolète à l’islam dont tout bon musulman devrait se départir. Les musulmans n’ignorent pas qu’ils sont sur des terres ancestrales et de traditions. De ce fait, nous pouvons affirmer sans nous tromper que nous sommes des fils et filles sorties des entrailles de ceux qui sont de la tradition. C’est pour cette raison que la plupart de nos villages sont restés attachés à la tradition bien qu’ayant adopté les religions abrahamiques.
Les millions de musulmans qui peuplent le Burkina Faso ont progressivement adopté la foi et la pratique religieuse par le biais de la conversion jusqu’à obtenir aujourd’hui, des familles et des villages entiers qui sont musulmans. C’est un long processus sur des siècles, depuis le Moogho Naaba Doulgou chez les Mossis par exemple. Au regard de ces constats historiques intéressants, quoi de plus normal que de rendre un vibrant hommage à nos communautés traditionnelles, d’avoir accueilli et adopté l’islam au Burkina Faso des années bien avant l’arrivée des Colons.
Et c’est en cela qu’il faut saluer à sa juste valeur ces conférences régionales de la journée du 03 mai 2026, du CERFI, qui a rappelé aux Burkinabè, que même si nous sommes différents dans nos pratiques religieuses, nous restons attachés à notre patrie, aux valeurs de la république et nous demeurons frères et sœurs Burkinabè dans la construction des valeurs de notre cher pays.
Que des musulmans comprennent et appliquent les enseignements du Coran et de la Sunna dans le respect et dans la justice envers les adeptes de la religion traditionnelle sans que nous soyons porteurs de comportements et de propos outrageants, nuisibles ou offensifs à l’endroit de la tradition ou d’autres confessions religieuses.
En la matière, il est pédagogique de rappeler qu’il existe des dispositions de la Loi coranique qui encadrent cela, à l’instar de la surate 06 verset 108, dans laquelle il est fait mention d’éviter d’injurier, d’insulter les rituels et divinités des gens de la tradition de peur que cela n’entraine en retour des représailles démesurée contre l’islam, son Dieu (Allah) et ses symboles.
Par conséquent, ces conférences régionales constituent un rappel de ces dispositions de l’islam et de l’attitude du musulman vis-à-vis de la tradition et d’autres croyances diverses. Il est également une interpellation de ces prédicateurs musulmans qui, dans leur communication, à tort ou à raison, se mettent à manquer de sagesse et de responsabilité envers la tradition et d’autres communautés religieuses. Il ne manque pas dans les fondamentaux de l’islam les textes qui appellent à la bienséance et à la bonne attitude face à la diversité des croyances pour le respect d’autrui et le vivre-ensemble.
Par ailleurs, ces conférences, sont une initiative qui affiche clairement la possibilité de dialogue et de partage mutuel entre musulmans et d’autres entités religieuses et spirituelles. C’est un message clair, à ces « kamites » sérieux et responsables, que l’islam ne se construit pas dans la violence, la contrainte mais plutôt dans l’exhortation à faire le bien et aux bonnes actions, loin de l’anarchie.
Pour cela, il est impératif que ces nouveaux adeptes de la tradition notamment les « Kamite » s’éloignent également de la violence verbale, les manipulations et autres incohérences qui n’honorent ni la tradition, ni les valeurs ancestrales.
En définitive, la noble initiative du Cercle d’Etudes de Recherches et de Formations Islamiques, est à encourager et à renforcer. Il ne serait pas superflu d’exhorter les acteurs à continuer à œuvrer dans le sens du dialogue ouvert pour des échanges participatifs à la connaissance et la découverte de l’autre.
Si toutefois, les Burkinabè se parlent et se découvrent dans leur diversité de culte, le vivre-ensemble et la cohésion sociale pourraient être garantis. C’est le Burkina Faso qui gagne dans sa diversité.



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