L’Afrique à l’ère des défis religieux et de progrès.

L’Afrique à l’ère des défis religieux et de progrès.

L’Afrique à l’ère des défis religieux et de progrès.

Quand le kemitisme manque d’objectivité.

Le contexte de cette nouvelle ère que traversent les Etats africains quant à la lutte pour une Afrique souveraine et prospère nous impose une réflexion sur les nouvelles tendances organisationnelles et les nouvelles obédiences politico-religieuse dans nos pays. En ces circonstances, émergent des groupes se réclamant de courant ancestrales, s’appelant Kemite et qui s’illustrent également sur les réseaux sociaux et dans la vie active à travers certaines activités qu’ils initient et organisent. Ces Kemites appellent vivement à l’abandon des religions supposées « importées » notamment l’islam et le christianisme. Mais au constat, c’est l’islam qui est le plus visé, avec toutes les formes d’injures, de critiques, de violences et même de manipulations à l’égard de cette religion et de ces adeptes.

Par AROUNAN GUIGMA

Ce combat est plus que palpable au Burkina Faso et sur les plateformes des réseaux sociaux. Il sera donc judicieux, de bon ton, de mettre en évidence des faits historiques, scientifiques et réels sur le sujet portant sur les revendications kemites aux reformes où à l’abandon des religions abrahamiques et aux recours systématiques à nos traditions africaines afin, selon eux, de libérer l’Afrique des tares de la domination Occidentale et arabo-musulmane.

Des incriminations, revendications, plaintes et pleurs des Kemites.

A entendre ces négateurs des religions révélées, l’Afrique souffrirait et peinerait à se retrouver et à propulser son développement à cause de l’islam et du christianisme, qui sont, selon leur conception, des produits de la colonisation Occidentale et Orientale. Ils soutiennent que les arabo-musulmans ont orchestré et organisé l’esclavage des fils et filles de l’Afrique pendant 14 siècles, autrement, depuis l’avènement de l’islam.

Ils reprochent aux arabo-musulmans, l’esclavage, la castration, et l’acculturation des peuples d’Afriques jusqu’aux derniers événements portant sur les guerres dans la sous-région et le terrorisme. Les mêmes accusations sont portées à l’encontre du Christianisme, taxé de tendance de l’Occident et qui serait un objet de domination des Blancs, un moyen d’asservissement des peuples d’Afrique avec pour prolongement l’esclavage transatlantique et la colonisation. Une liste non exhaustive des malheurs de l’Afrique, causés disent-ils, par l’homme Blanc et l’homme arabo-musulman.

Pour eux il faut se débarrasser de ces religions…

Aujourd’hui, sur les plateaux télé au Burkina Faso et sur les plateformes des réseaux sociaux, l’islam est en procès. Malheureusement, de nombreux invités et chroniqueurs qui semblent méconnaitre cette religion, ou pire, qui manquent de qualification requise ou d’expertise participent au procès d’un islam qu’ils appellent à bouter hors d’Afrique ; à la limite, à reformer, comme le proclamait en son temps, en France, la droite qui parlait de « l’islam de France ».

Dans les débats et dans certaines émissions, les sujets abordés prêtent essentiellement à polémiques. Des sujets, pour la plupart qui ont fait la divergence dans la doctrine et qui n’ont pu faire de consensus au sein des Savants musulmans. Par conséquent, ces sujets ne devraient en principe pas faire objet d’échanges entre profanes n’ayant aucune expertise et qualification. Les émissions, les Lives TIKTOK cristallisent le débat aujourd’hui sur l’esclavage arabo-musulman, les guerres, l’aliénation des musulmans noirs, qui auraient abandonné la religion de leurs ancêtres.

Un projet ficelé derrière une campagne contre l’islam et les musulmans.

Des gens tapis dans l’ombre et qui suscitent des polémiques autour des sujets fâcheux de l’histoire. Du coup, ils travaillent à remettre en cause le bien-fondé de l’adoption de la religion musulmane par l’Afrique depuis la ville d’AKSUM en Ethiopie, au 7e siècle de l’hégire avant que l’islam n’arrive à Médine, deuxième ville sainte de l’Islam. Et ce sont les mêmes reproches qui sont faites à l’endroit des Chrétiens africains.

Les réalités de l’histoire sont tout autre.

A consulter les moteurs de recherches sur l’origines de l’esclavage ainsi que les ouvrages historiques, l’on se rend à l’évidence que cette pratique n’est pas une invention de l’islam.

Mieux, « les mensonges et manipulations voulant faire passer l’islam comme une gangrène ayant pratiqué l’esclavage, ou s’étant imposé par la violence dans les territoires africains par la force et la violence est archi-faux » (Afrique noire précoloniale de Cheick Anta Diop, publié en 1960).

L’Auteur Tidiane N’diaye, dans son ouvrage « Génocide voilé » que les Kamites citent souvent, établit une différence, entre d’une part, un esclavage pratiqué par certains musulmans et contraire à l’enseignement de l’islam et, d’autre part, une pratique sociétale qui existait bien avant la naissance de cette religion. Il se réfère aux hadiths contre l’esclavage et cite à titre illustratif le prophète de l’islam qui a dit : « je me mettrais contre celui qui vent un homme libre en esclave au jour du jugement dernier »(hadith).

Dans le même ouvrage, l’auteur évoque la complicité des monarques africains dans l’esclavage, « les traites et les esclavages occidentaux et arabo-musulmans n’auraient pas été possible sans la collaboration active des africains ». Il renchérit en disant que « ce sont des faits historiques souvent négligés ou occultés par les chercheurs, mais des africains ont aidé à alimenter la traite transatlantique et le système esclavagiste durant des siècles ». (Edition Galimard, 2008).

Les Incohérences Kemites.

Le Kemitisme n’est qu’une arnaque des temps nouveaux, qui se nourrit de nos émotions de haine, de faiblesses, d’individualisme, et de division.

L’histoire a démontré à suffisance, que les pays et les nations ont traversé des périodes et des moments difficiles au point que certaines nations ont même disparu. Cette domination des nations, les uns sur les autres, repose sur les dynamiques de survie de l’humanité et de l’évolution des rapports de force des classes sociales.

Des Nations ont été très fortes il y a 3000, 2000 ans comme la Rome antique , la Grèce, la Perse, encore plus loin, l’Egypte antique fut une nation de grande civilisation et de science, avec ses pyramides qui continuent de susciter de l’admiration et de la fascination. Sans oublier la Mésopotamie, la Summerie, qui sont des références historiques en termes d’écriture et de sciences ; les chinois, indous, avec leur civilisation millénaire ; les peuples Mayas et leurs pyramides. L’histoire de l’humanité regorge de phases cycliques extraordinaires, tombées pour la plupart dans les oubliettes.

De nos jours, tous ces grands empires et puissances d’antan, sont pour la plupart réduits à l’insignifiant ou sont devenus relativement moins forts. Ils assument par ailleurs leur glorieux passé et font du présent le temps des défis à relever.

Les dominations et l’esclavage ont été pratiqués entre les Nations Noires et blanches….

L’esclavage et la servitude y étaient monnaies courantes. Le terme esclave vient d’ailleurs du mot Slave, qui n’a rien à voir avec les contrées arabo-musulmanes. Ainsi pour dire que les peuples et les nations se sont dominés et esclavagisés, et c’est inhérent à la nature des civilisations anciennes.

Si l’on se réfère à l’ouvrage de SERGE Bilé, journaliste à RFO (Quand les africains avaient des esclaves Blancs) , parution du 08/11/2022), certains archéologues et historiens Blancs ont fait cas de cette réalité historique.

Ces constats historiques et réels ne sont pas un dédouanement des Occidentaux ou des Orientaux de leur responsabilité dans l’esclavage ; mais plutôt de rétablir une vérité historique dont les acteurs étaient partagés, africains et blancs. Aussi, quand on évoque la traitre barbaresque, qui est plus récente, ça ne dit pas grande chose aux gens. Ce fut pourtant un moment où des magrébins, des européens ont été faits esclaves par d’autres Blancs.

Tous ces arguments démontrent que nos frères kemites manquent de cohérence et d’objectivité dans le jugement de l’histoire. Pourtant, l’histoire, pour être légitime et crédible, devrait reposer sur des faits qu’on doit pouvoir prouver de façon scientifique, et non sur des plaintes et des ressentis émotionnels ou des rancœurs. Dédouaner les noirs d’antan et les égyptiens du Kemet de la servitude et de l’esclavagisme serait donc du mensonge sur l’histoire.

Par conséquent, nous pouvons déduire que l’esclavage se pratiquait dans de nombreuses sociétés bien avant l’arrivée des blancs et des arabes pratiquement dans tous les continents. Il est ainsi nécessaire de déconstruire également cette idée répandue selon laquelle les esclaves seraient des Noirs. C’est faux, il y avait du tout : Blancs comme Noirs.

Devons-nous passer notre temps à regretter, pleurnicher et rejeter les religions ?

Les grandes Nations qui s’affichent aujourd’hui, sont des pays qui se sont construits dans la rigueur et le sens de la responsabilité ; en sus, dans l’affirmation de leur foi adoptée et en tenant compte de leur histoire.

Les Chinois sont développés et sont bouddhistes. Le bouddhisme est importé de l’INDE ; la Chine a été autrefois colonisée par le Japon. Une chine populaire, selon l’histoire, qui a vécu des moments difficiles certes, mais qui, malgré tout, cohabite intelligemment avec l’Occident.

Cela est pareil pour le Japon, qui, en 1945, subit une catastrophe aux allures destructrices, les bombes atomiques sur Hiroshima/Nagasaki. Mais en ce 21e siècle, ces japonais sont reconnus comme un peuple avec une espérance vie et une longévité des plus remarquables.

Autres pays qui ne se sont pas attardés sur leur passé douloureux, figurent le Vietnam, le Singapour, la Malaisie, l’Indonésie etc…

Les Iraniens, autrefois Perses, sont aujourd’hui, une nation dans le positionnement des puissances militaires. Mais ils sont musulmans, ayant adopté une croyance importée de l’Arabie saoudite. La religion ancestrale et traditionnelle des iraniens était le zoroastrisme, le culte du feu.

Eux non plus, ne se sont pas attardés en pleurnichant sur leur passé glorieux de Perses. Ils s’affirment aujourd’hui dans une révolution islamique qui dure déjà 40 ans. Malgré les difficultés et adversité, ils avancent avec foi et détermination.

Ils ne se sont pas dits un jour, « Nous ne sommes pas arabes, nous abandonnons la religion islamique pour retourner à celle de nos Ancêtres zoroastriens ». Ils ont compris et admis que l’islam détermine également leur identité.

La liste est assez longue pour illustrer la vie des nations résilientes, des temps anciens à nos jours.

En définitive, il faut retenir que toutes les formes de discriminations basées sur la race, la religion, l’ethnie sont à combattre. Tout traitement discriminatoire fondé sur la race ou la religion est inacceptable. L’esclavage étant qualifiée comme un traitement inhumain discriminatoire basé sur la race est condamnable d’où qu’il provienne.

Aujourd’hui, pratiquement dans toutes les société, l’esclavage est proscrit. L’ONU et la Cour pénale internationale classent l’esclavage comme crime contre l’humanité. En effet, aucun être humain ne doit être privés de ses droits fondamentaux uniquement parce qu’il appartient à un groupe social.

Nous estimons aussi que la foi, quel que soit son origine, ne peut être un obstacle au développement. Bien au contraire, elle enseigne la vertu et favorise l’émergence des hommes et femmes vertueux, contribue à l’épanouissement personnel et social et au développement de la société.

En réalité, Les vrais enjeux ne se trouvent-ils pas plutôt dans les choix des politiques de développement et dans la responsabilité des hommes choisis pour gouverner ?

En effet pour nous, l’Afrique trouvera la voie définitive de son progrès dans la bonne gouvernance et dans les choix des politiques publiques, dans la promotion de l’Etat de droit, de la démocratie, de la justice sociale sans exclure l’éducation surtout des plus jeunes, considérés comme la relève.

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