Nouvel ordre mondial : le monde musulman en retard sur l’Histoire.

Nouvel ordre mondial : le monde musulman en retard sur l’Histoire.

Le monde musulman est en retard sur l’Histoire, manquant d’unité et d’innovation.

POURQUOI LIRE : Analyse des défis contemporains du monde musulman.Importance de la démocratie et de la pluralité.Appel à une réforme intellectuelle et théologique.

Le monde est en train de basculer. Les rapports de force se déplacent, les alliances se recomposent, les règles implicites qui structuraient l’ordre international depuis des décennies sont remises en cause. De nouvelles puissances s’affirment, d’anciennes cherchent à préserver leur influence, tandis que la compétition technologique, économique et géopolitique s’intensifie. Dans ce moment charnière de l’Histoire, une question s’impose : où se situe le monde musulman ? La réponse est inconfortable. Il arrive en retard. Un milliard huit cents millions d’habitants, une jeunesse nombreuse, des ressources énergétiques et stratégiques majeures, une position géographique centrale reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Pourtant, aucune force collective réelle n’émerge. Pas de vision commune, pas de stratégie partagée, pas de capacité à peser de manière décisive sur le cours des événements mondiaux.

Innovation absente et décrochage technologique, économique et stratégique.

À ce retard politique s’ajoute un décrochage profond dans les domaines clés qui structurent la puissance contemporaine. Le monde musulman n’est pas à l’origine des grandes innovations technologiques, économiques ou scientifiques qui façonnent le XXIᵉ siècle. Il les importe, les adapte parfois, mais les produit rarement. L’effort de recherche est marginal, l’investissement dans l’innovation insuffisant, et les écosystèmes industriels restent faibles ou dépendants. Sur le plan économique, il participe très peu à la concurrence internationale et à la bataille industrielle mondiale. Il consomme davantage qu’il ne crée, importe plus qu’il n’exporte à forte valeur ajoutée. Cette dépendance structurelle se traduit par une absence quasi totale de souveraineté économique, technologique et militaire, rendant les États musulmans vulnérables aux pressions extérieures et incapables de défendre durablement leurs intérêts stratégiques.

Retard culturel et absence de rayonnement.

Sur le plan culturel, le constat est tout aussi préoccupant. Le monde musulman ne rayonne plus comme force de production intellectuelle, artistique et symbolique à l’échelle mondiale. Il influence peu les imaginaires contemporains, ne façonne ni les grands récits ni les références culturelles globales. Cinéma, littérature, universités, sciences humaines, industries créatives, médias internationaux : la contribution reste marginale, fragmentée et souvent dépendante de cadres extérieurs. Faute de liberté intellectuelle, de soutien à la création critique et de reconnaissance du pluralisme, la culture se replie sur la répétition, la nostalgie ou la réaction défensive. Or, sans puissance culturelle, il n’y a ni soft power, ni capacité à faire entendre sa voix dans le monde, ni possibilité de peser sur la définition des valeurs et des normes internationales.

Sans démocratie, pas de puissance durable.

Il faut le dire sans détour : sans système démocratique, rien n’est possible. Pas de souveraineté durable, pas de légitimité politique solide, pas de puissance crédible sur la scène internationale. Les régimes autoritaires peuvent maintenir une stabilité apparente, mais ils produisent à long terme de la fragilité, de la défiance et du blocage. La répression étouffe les sociétés, empêche l’innovation et alimente les fractures internes.L’illusion d’une unité fondée uniquement sur la religion ne résiste pas à l’épreuve du réel. Le monde musulman n’est pas un bloc homogène. Il est traversé par des cultures diverses, des histoires nationales contrastées, des intérêts économiques divergents et des trajectoires politiques souvent opposées. Penser qu’une référence religieuse commune suffirait à construire un projet géopolitique cohérent relève davantage du slogan que de l’analyse.

Pluralisme, réforme intellectuelle et fin des illusions.

Sans respect de la pluralité, sans liberté de pensée, sans reconnaissance des minorités et des divergences internes, aucun projet collectif sérieux ne peut voir le jour. La diversité n’est pas une faiblesse : elle est une réalité qu’il faut organiser, intégrer et protéger. La nier, c’est préparer des conflits internes permanents.À cela s’ajoute une exigence incontournable : une réforme intellectuelle et théologique de l’islam, menée de l’intérieur, avec courage et lucidité. Sans ce travail de fond, les sociétés resteront prisonnières de lectures figées, instrumentalisées par le pouvoir politique ou par des acteurs extrémistes. Réformer ne signifie pas renier, mais adapter, clarifier et redonner du sens dans un monde profondément transformé.Le nouvel ordre mondial ne se construira pas contre le monde musulman, mais sans lui s’il persiste à refuser l’autocritique, la démocratie et la réforme. Rien n’est irréversible. L’Histoire n’exclut personne par principe, mais elle ne fait de place qu’à ceux qui s’organisent, innovent et assument leur pluralité. Le monde musulman ne manque ni de ressources ni de potentiel, mais de courage politique et intellectuel. Tant que la liberté sera perçue comme une menace, la critique comme une trahison et la démocratie comme un danger, il restera dépendant des choix des autres. Le moment est décisif : soit il engage une transformation profonde pour devenir acteur souverain du monde qui vient, soit il continuera d’en subir les règles comme simple spectateur.

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