Et si l’Africain Macky SALL devenait le nouveau Secrétaire général de l’ONU ?

Et si l’Africain Macky SALL devenait le nouveau Secrétaire général de l’ONU ? Enseignements pour un continent africain, en quête de solidarité, de leadership et positionnement international.
A l’heure où l’ordre mondial vacille entre crises climatiques, guerres asymétriques et fracture Nord-Sud, l’hypothèse d’un africain à la tête des Nations unies revient cycliquement. Et si le nom de Macky SALL, ancien président du Sénégal, émergeait comme un candidat de consensus ?
Au-delà du scénario, cet exercice de prospective politique interroge sur les enseignements pour l’Afrique ?
L’accession d’un chef d’État africain sortant – ou récemment sorti – au poste de SG de l’ONU ne serait pas anodine. Macky SALL, qui a dirigé le Sénégal de 2012 à 2024, incarne une longévité maîtrisée et une diplomatie discrète mais efficace. Son hypothétique élection à la tête de l’ONU enverrait trois signaux forts aux présidents africains actuels.
Macky SALL, président du Sénégal de 2012 à 2024, a accumulé les atouts : fin stratège, maîtrise des équilibres internationaux, expérience à la tête de l’Union africaine (2022) et réseau dense au Nord comme au Sud. Que se passerait-il véritablement si ce scénario devenait réalité ? Au-delà de la personne, c’est tout un modèle de leadership africain qui serait soumis à l’épreuve de la scène mondiale.
Cet article explore deux dimensions à savoir les enseignements et les conséquences pour les chefs d’Etat africains et la jeunesse africaine. En partant de l’hypothèse d’une élection du président Macky SALL comme Sg de l’ONU, plusieurs enseignements pourraient être tirés pour les chefs d’Etat et pour la jeunesse en Afrique.
L’un des handicaps majeurs de l’Afrique sur la scène mondiale est la perception d’instabilité institutionnelle. Trente coups d’État depuis 2000, des modifications constitutionnelles à répétition, des mandats contestés. Dans ce contexte, un leader comme Macky SALL, qui a finalement renoncé à un troisième mandat après des mois de tension, envoie un signal puissant selon lequel la longévité politique ne se mesure pas aux années passées au palais, mais à l’après-pouvoir.
Une reconversion politique et diplomatique.
La décision de Macky SALL de ne pas briguer un troisième mandat (après un premier mandat de sept ans ramené à cinq par la Constitution de 2016, et un second mandat jusqu’en 2024) a été vécue par certains comme une défaite personnelle.
Pourtant, vue de New York ou de Genève, elle apparaît comme une preuve de maturité républicaine. Un Secrétaire général de l’ONU qui a respecté sa Constitution nationale peut légitimement demander aux autres États membres de respecter la Charte des Nations unies.
Les présidents africains qui accumulent les prolongations de mandat se disqualifient d’eux-mêmes pour toute fonction internationale exigeant une neutralité institutionnelle. L’hypothèse SALL rappelle qu’un départ volontaire et encadré n’est pas une perte de pouvoir, mais une reconversion politique et diplomatique.
Un exemple de leadership africain et international.
Le leadership africain souffre encore trop souvent d’une personnalisation excessive. Macky SALL, sans être exempt de critiques (gestion des manifestations, affaires judiciaires, endettements), a néanmoins installé une culture de la mesure institutionnelle : peu de bruits, des réformes techniques (Plan Sénégal émergent, modernisation administrative), une communication sobre.
Cette maîtrise de l’appareil d’État est précisément ce que recherche l’ONU pour son secrétariat : quelqu’un qui sache piloter une bureaucratie complexe sans la détruire. trop de dirigeants africains confondent “leadership” avec “show politique” ou “contrôle des médias”.
L’ONU exige l’inverse : de l’efficacité discrète, de la capacité à négocier dans l’ombre, et une autorité qui ne repose pas sur les arsenaux ou les partis uniques. Si Macky SALL devenait SG de l’ONU, ce serait un motif de fierté pour de nombreux jeunes Africains.
Mais attention à l’illusion : un Africain au sommet de l’ONU, ne changera pas mécaniquement le quotidien d’un jeune diplômé sans emploi au Sénégal, à Ouagadougou, au Soudan ou Kinshasa.
La fierté identitaire africaine.
La jeunesse africaine a soif de reconnaissance internationale. Voir l’un des siens (même issu d’une génération antérieure) à la tête de la plus grande organisation mondiale, c’est la preuve que l’Afrique n’est pas un éternel dominé.
Mais cette fierté doit être vigilante : l’histoire a montré que des dirigeants africains à des postes internationaux (par exemple : Makhtar Diop à la Banque mondiale, Akinwumi Adesina à la BAD, etc.), ont rarement bouleversé les rapports de force économiques mondiaux. Le poste de SG de l’ONU, certes prestigieux, est un poste de coordination, pas de gouvernement mondial.
Par ailleurs, il est important de savoir qu’il ne faut pas déléguer ses espoirs à une seule personne. L’ONU ne crée pas d’emplois au Sénégal, ne construit pas d’écoles au Burkina, ne désendette pas la Zambie. Ce combat est national, civique, syndical, entrepreneurial.
un espoir avec des leviers possibles.
Même si le poste de SG de l’ONU n’est pas un poste de gouvernement mondial, pouvant permettre de prendre des décisions à la place des nations, un Secrétaire général africain peut accélérer des choses utiles aux africains. Le SG de l’ONU pourrait mettre la jeunesse à l’agenda en créeant un haut-commissariat aux politiques de jeunesse, en pesant sur les institutions de Bretton Woods pour alléger la dette en échange d’investissements dans l’éducation et la santé.
Le SG de l’ONU pourrait contribuer à lutter contre l’évasion fiscale en dénonçant les mécanismes de ce pillage de l’Afrique, qui perd chaque année plus de 80 milliards de dollars en flux financiers illicites, sans être accusé d’ingérence néocoloniale.
Le SG de l’ONU pourrait promouvoir une diplomatie de paix en imposant des médiations africaines (ex. : fin des groupes armés au Soudan, stabilisation du Sahel central), en renforçant les négociations pour la fin des conflits (Sahel, Grands Lacs, Corne de l’Afrique).
Par ailleurs, il est important de savoir que le SG de l’ONU n’a pas de troupes, pas de budget autonome, et dépend du Conseil de sécurité. S’il ne sait pas peser politiquement, il ne sera qu’un huissier diplomatique.
Le véritable test d’un “SG ONU africain” ne serait pas sa personne, mais la capacité du continent à parler d’une seule voix pendant son mandat. Or, sur ce plan, les signaux sont très mitigés, au regard de toutes les spéculations liées à sa candidature et à d’autres dossiers stratégiques sur le continent.
L’Afrique : poids démographique mais faiblesse géopolitique.
L’Union africaine (UA) est souvent contournée par ses propres membres : rivalités Afrique de l’Est vs Afrique de l’Ouest, hégémonie régionale (Nigéria, Afrique du Sud, Éthiopie, Égypte), compétition des langues (francophonie, anglophonie, lusophonie).
Un SG africain à New York ne pourra rien faire si, à Addis-Abeba, l’UA reste paralysée. En outre, le leadership international suppose une solidarité régionale préalable. Sans mécanisme continental de sanction contre les coups d’État, sans force africaine d’intervention rapide, sans politique étrangère commune (notamment sur les questions climatiques et commerciales), l’Afrique restera une somme de fragilités, même avec un représentant au 38e étage.
Les exigences actuelles du poste dans un monde fortement géopolitisé.
Le contexte géopolitique actuel du monde commande du nouveau SG de l’ONU une attitude de neutralité et l’invite au respect des consensus mondiaux contenus dans les accords.
Pour ce faire, le SG de l’ONU, Macky SALL devra naviguer entre plusieurs écueils sans tomber dans les pièges actuels tendus.
En effet, le SG de l’ONU ne doit pas être le « gentil Africain » des Occidentaux. En effet, si le Sud global le perçoit comme l’homme du G7, il perdra sa légitimité. Le SG de l’ONU ne doit pas tomber dans l’anti-occidentalisme primaire.
En effet, si l’occident le perçoit comme un anti occidental, il pourrait être isolé et éventuellement combattu.
Le SG de l’ONU doit être juste et équitable face aux crises internes en effet, quelle que soit les crises, il doit réagir, pendant son mandat, sans être accusé de complaisance et de partie pris.
L’opportunité historique de réformer l’ONU depuis l’intérieur.
Tout le monde sait et en parle. Le grand chantier, c’est la réforme du Conseil de sécurité. L’Afrique réclame deux sièges permanents (avec droit de veto ou sans ?). Un SG africain pourrait faire avancer ce dossier, mais à condition d’avoir le soutien unanime de l’UA, ce qui n’est pas gagné. En effet, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Kenya, le Sénégal, tous convoitent ces sièges. Un SG comme Macky SALL devrait être arbitre et non candidat. Là réside le vrai leadership africain : faire prévaloir l’intérêt collectif sur les ambitions nationales.
L’irresponsabilité de certains dirigeants africains actuels.
Face à une seule candidature d’un Africain, remplissant les conditions pour le poste de SG de l’ONU, certains dirigeants, égoïstes et d’intérêts personnels ont réfuté et poussé à réfuter ladite candidature au niveau de l’UA, oubliant que non seulement la candidature est personnelle et privée et qu’il s’agit d’une candidature mondiale à soumettre à l’ONU.
Que diraient ces dirigeants à leur peuple et quelles relations entretiendront-ils avec le nouveau SG de l’ONU si Macky SAL est élu ?
Le comportement inapproprié de certains leaders et dirigeants africains.
En ne soutenant pas la candidature de Macky SALL, certains dirigeants africains espèrent avoir un SG de l’ONU non africain avec qui ils pourront entretenir des relations de coopération fructueuses avec leurs pays et et l’Afrique. C’est vraiment de l’insouciance de leur part. ils semblent oublier la géoponique ainsi que ses conséquences à court moyen terme. Cette nouvelle catégorie de dirigeants africains même s’il semble donner de l’espoir à la jeunesse restent des dirigeants insouciants et peu soucieux de l’intérêt général de leur pays et de l’Afrique.
A cause de comportement inappropriés tels que l’insouciance, la méchanceté, l’égoïsme, la jalousie, etc. beaucoup de jeunes cadres et responsables désireux briguer des postes à l’international en Afrique et dans le monde sont bloqués et recalés, à cause d’une signature, d’une nomination, d’un cautionnement ou d’une validation, etc. sans raisons valables.
L’illustration de la division de l’Afrique.
Pour une candidature africaine, l’Afrique a été incapable de parler d’une seule voix. Elle a préféré aller en rang dispersé aux élections du nouveau SG de l’ONU pour lesquelles trois autres candidats non africains sont sur la liste, en compétition avec le seul candidat africain Macky SALL.
Cette situation illustre bien la profondeur de la divivision de l’Afrique contemporaine et le désespoir de voir cette Afrique relever des défis communs de développement.
Certains crieront à la manipulation et aux influences négatives mais en réalité cela semble être la vraie nature de certains africains, dirigeants et leaders.
Le rôle magique attendu de l’Afrique.
L’élection éventuelle de Macky SALL au poste de Secrétaire général de l’ONU ne serait ni une révolution ni une simple cooptation. Ce serait un test grandeur nature pour l’Afrique.
Pour les chefs d’État, c’est un rappel sévère que la crédibilité internationale se gagne par l’État de droit, l’alternance et l’efficacité administrative, non par la force ou le népotisme.
Pour la jeunesse, c’est une fierté légitime mais à transformer en exigence citoyenne, non en adoubement passif.
Pour le positionnement africain, c’est l’opportunité ou jamais de transformer l’unité proclamée en réalité diplomatique.
En somme, la question n’est pas vraiment « Macky SALL, oui ou non? » Elle est : l’Afrique est-elle prête à assumer un leadership mondial pour tenter de ramener la paix mondiale et la promotion d’un développement partagé?
Si oui, alors qu’elle commence par balayer devant sa porte en apportant la paix: bonne gouvernance, la solidarité, etc.
L’Afrique n’a pas besoin d’un secrétaire général à l’ONU pour exister ; mais l’ONU a besoin d’un secrétaire général africain pour redevenir légitime. A condition que l’Afrique lui donne une voix sûre et fiable, pas une vitrine. Et Macky SALL semble être cette voix pour l’Afrique.
L’accession d’un chef d’État africain sortant ou récemment sorti au poste de SG de l’ONU ne serait pas anodine. Macky SALL, qui a dirigé le Sénégal de 2012 à 2024, incarne une longévité maîtrisée et une diplomatie discrète mais efficace. Son hypothétique élection à la tête de l’ONU servirait de leçons aux présidents africains actuels à la jeunesse et à tous les africains.
L’ONU n’a jamais changé le monde. Ce sont les rapports de force entre États qui le font. Mais avoir un Africain à sa tête, c’est s’assurer que les problèmes du continent – dette, réchauffement climatique, instabilité – ne seront plus relégués en bas de l’ordre du jour.
Pour la jeunesse, la leçon est claire : ne mettez pas tous vos espoirs dans un homme. Construisez des institutions si solides que même les meilleurs leaders deviendront interchangeables. Alors seulement, l’Afrique aura gagné.
En somme, un secrétaire général africain à l’ONU ne fera pas basculer le monde, mais il forcera chaque Africain à regarder en face ses propres responsabilités de gouvernance.
Halidou Ouédraogo
Economiste, financier; Consultant international et national.
Ouedhalidou@gamil.com
Tel: 74562899




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