LA FINANCE ISLAMIQUE, AU SECOURS DU FINANCEMENT DES ACTIONS DE DEVELOPPEMENT.

LA FINANCE ISLAMIQUE, AU SECOURS DU FINANCEMENT DES ACTIONS DE DEVELOPPEMENT.

LA FINANCE ISLAMIQUE, AU SECOURS DU FINANCEMENT DES ACTIONS DE DEVELOPPEMENT.

C’est sur ce sujet évocateur que Halidou Ouédraogo, financier/économiste porte sa réflexion puis met à la disposition du monde économique et de la finance islamique en guise de contribution participative. Une manière d’inciter chacun à un engagement pour la finance islamique qui aujourd’hui, s’avère un levier incontournable dans la construction des petites et moyennes entreprises et nos economies nationales.

Après avoir mis sur le marché du livre, son ouvrage « LES MODES ALTERNATIFS ET ENDOGENES DE FINANCEMENT DES ACTIONS DE DEVELOPPEMENT« , l’expertise que nous propose Halidou Ouédraogo dans cet texte émanant de sa conférence annuelle tenue à l’IFFP (ex ENAREF) », est sans nul doute très instructif sur la situation de la finance islamique au Burkina et dans le monde.

Lisez plutôt !

La finance islamique au cœur de la conférence annuelle du Cabinet d’Etudes et de Recherches en Entreprises (CERE)Dans le cadre de ses activités, le Cabinet d’Etudes et de Recherches en Entreprises CERE, a organisé le 8 juillet 2026 à Ouagadougou, la conférence annuelle sur le thème portant sur « financements innovants et développement endogène : mobiliser des ressources nouvelles pour une croissance inclusive et durable », dans la salle de conférences « Tiémoko Marc GARANGO » de l’Institut des Finances Publiques du Burkina (ex ENAREF), en partenariat avec l’Institut des finances publiques du Burkina et le Journal l’Economiste du Faso, hebdomadaire économique et sous le patronage du camarade Dr Aboubakar NACANABO, Ministre de l’économie et des finances du Burkina Faso.

1- Les objectifs

L’objectif général de la journée est de créer un espace de dialogue pour identifier, analyser et partager les meilleures pratiques et des solutions émergentes en matière de financements innovants au service du développement endogène. De manière spécifique, il s’agit d’identifier et exposer les principaux financements alternatifs de développement en vue de renforcer les capacités opérationnelles des pouvoirs publics, de cartographier et analyser les mécanismes de financement innovants existants et évaluer leur impact ; d’identifier d’autres solutions innovantes de mobilisation des ressources propres en période de crise et d’identifier des leviers pour améliorer l’accès au financement des PME et entreprises sociales.

La conférence annuelle s’inscrit dans le cadre de la contribution à la recherche de solutions au problème de financement des actions de développement en Afrique et au Burkina FasoEn effet, le financement du développement en Afrique repose sur une combinaison de ressources publiques nationales, d’emprunts internationaux, de l’aide publique au développement et de l’investissement privé via des partenariats public-privé.

Depuis quelques années, ces financements traditionnels s’avèrent de plus en plus insuffisants face aux nombreux défis de développement, incluant de nouveaux défis liés aux mutations sur le plan international.

Au Burkina Faso, l’insuffisance des financements traditionnels constitue un frein majeur au développement économique, malgré les efforts du gouvernement et de ses partenaires publics et privés, particulièrement en 2026 dans un contexte de forte pression sur les ressources publiques et de défis sécuritaires persistants. Pendant que le budget de l’État pour 2026 affiche un déficit de -486,8 milliards de FCFA, limitant les capacités d’investissement public direct, environ 80 % des petites et moyennes entreprises burkinabè n’ont pas accès au crédit bancaire classique, les obligeant à se financer sur fonds propres, malgré une hausse des dépôts bancaires (+436 milliards fin 2025).

Dans un contexte de souveraineté politique et économique affirmé et assumé des plus hautes autorités de l’Etat, les efforts des pouvoirs publics et principalement du Ministère de l’Economie et des finances ont consisté entre autres à mettre l’accent sur une plus grande mobilisation des ressources internes par l’élargissement de l’assiette fiscale et la réduction des exonérations pour financer les secteurs stratégiques, répondre aux enjeux de financement du secteur privé en tant que partenaire, créer des emplois, sans dépendre uniquement de l’extérieur.

Face à cette problématique, le Cabinet et ses partenaires ont jugé nécessaire de mener la réflexion sur des solutions alternatives, analysées comme complémentaires aux mesures du gouvernement et de ses partenaires institutionnels. Il s’est agi de poser la question de savoir comment les mécanismes de financement innovants peuvent-ils renforcer l’autonomie économique du pays et la résilience des entreprises nationales ?

2- Les Communications

Plusieurs communications ont été livrées sur des thématiques principales telles que

1- les Financements alternatifs à travers la mobilisation de l’épargne régionale et ressources nouvelles pour une souveraineté économique dont la Finance Islamique ;

2- la banque d’investissement et de développement de l’AES : Etat de mise en œuvre et capacités opérationnelles ;

3- les banques nationales et rôle catalyseur des fonds d’investissement : renforcer leurs rôles dans le financement des activités des pouvoirs publics.

4- Les financements innovants dans le secteur privé : renforcer le secteur privé pour sa pleine participation à la souveraineté économique.

Ont participé à la journée les représentants des ministères, collectivités locales), Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), des institutions financières (banques, fonds d’investissement), du secteur privé (PME, entreprises sociales, associations), de organisations de la société civile et ONG, des chercheurs, experts en développement et finance, des Partenaires techniques et financiers (PTF) et des étudiants des Universités et Ecoles publics et privées, stagiaires de l’IFPB et des autres écoles de formations professionnelles.

Il s’est agi pour le conférencier Halidou OUEDRAOGO, Doctorant en sciences économiques, chargé de mission au Ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières, par ailleurs, ex président du conseil de conformité de la Caisse Ligdi Baore et Président du conseil d’administration de la Société Coopérative avec Conseil d’Administration Caisse Ligdi Baore (SCOOP-CA CLB), d’animer le panel 3 portant sur les « financements innovants et architecture financière islamique : la finance islamique : Enjeux, perspectives et financements des projets publics et des entreprises au Burkina Faso »

Pour le conférencier, le Burkina Faso fait face à d’importants besoins de financement dans plusieurs secteurs dont les infrastructures routières, énergie, agriculture, santé, éducation, logement social, mais aussi financement des PME et des entreprises privées. Or, les ressources budgétaires de l’État sont limitées, l’endettement public doit rester maîtrisé, et beaucoup d’entreprises ont encore des difficultés d’accès au crédit bancaire classique.

Dans ce contexte, la finance islamique peut constituer une alternative complémentaire au financement conventionnel. Elle repose sur des principes éthiques : interdiction de l’intérêt usuraire ou Riba (intérêt ou usure selon les textes islamiques), partage des profits et des pertes, adossement des financements à des actifs réels, interdiction de la spéculation excessive et financement d’activités licites.

Au Burkina Faso, pays membre de l’UEMOA et du groupe de la Banque islamique de développement, la finance islamique présente des opportunités importantes et stratégiques pour mobiliser l’épargne nationale, attirer des investisseurs internationaux et financer des projets publics et privés de manière plus inclusive.

La présentation devra répondre à la question de savoir comment la finance islamique peut-elle contribuer au financement des projets publics et des entreprises au Burkina Faso, tout en répondant aux exigences économiques, sociales et réglementaires du pays ?

3- La définition

Pour le conférencier, sans considération technique, la Finance islamique est définit comme l’ensemble des opérations financières qui font référence aux textes de l’Islam notamment le Coran, les paroles prophétiques et la jurisprudence des savants musulmans, Techniquement, la finance islamique est un système financier conforme aux principes de la Charia, qui est la législation musulmane ou islamique. Contrairement à la finance conventionnelle qui repose largement sur le prêt à intérêt caractérisé par l’application directe du taux d’intérêt à travers la formule de l’intérêt simple ou composé, en fonction de la durée de détention du capital emprunté, la finance islamique privilégie les opérations financières sans application d’un taux d’intérêt sur le capital au travers la formule de l’intérêt simple ou composé et les prélèvements d’une partie de la marge ou du résultat dû dans le commerce, l’investissement productif, le partenariat ainsi que le partage profits et des risques.

La finance islamique ne signifie pas seulement « finance religieuse ». Elle est aussi une finance éthique et responsable tout en restant connectée à la production et à l’économie réelle, en opposition de la finance conventionnelle qui est une finance basée sur les spéculations et la rémunération directe des capitaux prêtés.

4 Les principes fondamentaux.

Les principaux principes sont entre autres l’interdiction du Riba, c’est-à-dire l’intérêt (simple ou composé) directement fixé et appliqué sur un prêt ; l’interdiction du GHARAR, c’est-à-dire l’incertitude excessive dans les contrats ; l’interdiction du MAYSIR, c’est-à-dire la spéculation assimilable au jeu de hasard ; l’adossement à un actif réel, par exemple un immeuble, une route, une machine, un stock de marchandises ; le partage des profits et des pertes, surtout dans les contrats de partenariat ; le financement d’activités licites, excluant par exemple l’alcool ou les boissons enivrantes, les jeux de hasard ou les activités illicites ; la sincérité des parties dans les opérations financières ; la transparence dans les opérations financières et la confiance mutuelle dans les opérations financières.

5 Les instruments de la Finance islamique.

Plusieurs instruments et outils permettent la mise en œuvre de la Finance Islamiques parmi lesquels on dénombre la Zakat, la Mourabaha, le Sukuk, le Salam, le Takafoul, l’Idjara, la Moucharaka, etc.

a. La Zakat.

C’est l’instrument de prélèvement obligatoire sur les fidèles musulmans remplissant certaines conditions liées à la base imposable ou Nissab portant sur la monnaie, les animaux, les récoltes, etc. et permet une redistribution au profit de huit(08) catégories de bénéficiaires dont le collecteur de Zakat.

b. La Mourabaha

C’est l’instrument qui consiste à l’achat-revente avec marge connue à l’avance et concerne le financement d’équipements, véhicules, marchandises. La Mourabaha est l’un des produits les plus simples. La banque achète un bien demandé par le client, puis le revend au client avec une marge connue dès le départ.

c. Le Sukuk

Cet instrument est relatif aux obligations islamiques ou Certificats d’investissement adossés à des actifs et concerne le financement de projets publics ou privés. Le Sukuk est l’un des instruments les plus adaptés pour financer les projets publics. Il s’agit de certificats d’investissement adossés à des actifs réels. Contrairement à une obligation classique qui rémunère un intérêt, le Sukuk donne droit à une rémunération provenant d’un actif ou d’un projet.

d. Le Salam

Cet instrument prend en compte le paiement immédiat pour livraison future qui pourrait concerner sur les routes, logements, écoles, hôpitaux. Le Salam est très adapté au monde agricole. La banque paie immédiatement le producteur, qui livre sa production plus tard.

e. Le Takafoul

C’est l’instrument d’assurance islamique mutualisée qui pourrait concerner la santé, agricole, l’automobile, les entreprises. L’Ijara correspond à une location. Elle est particulièrement adaptée aux véhicules, machines, engins et équipements

f. L’Idjara

Cet instrument est l’équivalent du crédit-bail ou location avec option d’achat et concerne les machines, les immeubles, les véhicules, les infrastructures.

g. La Moucharaka

C’est l’instrument relatif au partenariat avec participation des deux parties au capital et concerne les projets d’entreprise, agriculture, immobilier. La Moucharaka est un partenariat dans lequel la banque et l’entrepreneur investissent ensemble dans un projet. Les profits sont partagés selon une clé convenue, et les pertes selon les apports en capital.

6. Les enjeux de la finance islamique au Burkina Faso.

Au Burkina Faso plusieurs enjeux sont attribués à la la Finance Islamique dont les enjeux économiques, les enjeux sociaux, les enjeux budgétaires et publics et les enjeux règlementaires.

a. Les enjeux économiques.

Le Burkina Faso a besoin de diversifier ses sources de financement. Les banques classiques ne couvrent pas toujours les besoins des PME, notamment dans l’agriculture, l’artisanat, le commerce et la transformation locale.

La finance islamique pourrait permettre d’élargir l’accès au financement ; de mobiliser l’épargne des populations sensibles aux principes islamiques ; d’attirer des capitaux venant du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord ou d’institutions comme la Banque islamique de développement ; de financer des secteurs productifs : agriculture, énergie solaire, infrastructures, industrie, commerce.

b. Les enjeux sociaux.

La finance islamique pourrait contribuer à l’inclusion financière. Une partie de la population hésite à utiliser les produits bancaires classiques à cause de l’intérêt.

Les produits islamiques peuvent donc attirer de nouveaux clients vers le système financier formel. Elle peut aussi soutenir les femmes entrepreneures ; les jeunes porteurs de projets ; les coopératives agricoles ; les microentreprises ; les populations rurales.

Par exemple, une institution de microfinance islamique pourrait proposer des financements en Mourabaha pour l’achat de petits équipements : moulins, machines à coudre, tricycles, motopompes, petits stocks commerciaux.

c. Les enjeux budgétaires et publics.

L’État burkinabè doit financer des infrastructures essentielles telles que les routes, écoles, hôpitaux, barrages, centrales solaires, logements sociaux, etc.. Les ressources fiscales étant limitées, il pourrait recourir à des instruments comme les Sukuk souverains. Certains pays de l’UEMOA ont déjà expérimenté ce type de financement dans l’espace UEMOA, notamment à travers une émission de Sukuk souverain d’environ 150 milliards de FCFA en 2017, destinée à mobiliser des ressources pour le budget et les projets publics.

En cette année 2026, le Burkina Faso a lancé son premier Sukuk de 75 milliards de FCFA pour soutenir les projets publics.

d. Les enjeux réglementaires.

La finance islamique exige un cadre juridique adapté. Dans l’UEMOA, la BCEAO et les autorités du marché financier ont progressivement mis en place des textes notamment des instructions depuis 2018, permettant aux banques, fenêtres islamiques et émetteurs publics de proposer des produits conformes à la finance islamique. Cependant, plusieurs défis subsistent parmi lesquels l’absence d’un cadre institutionnel de promotion de la Finance Islamique, la fiscalité parfois inadaptée aux opérations d’achat-revente ; le manque de spécialistes en finance islamique ; la faible connaissance des produits de la Finance Islamique par le public ; l’absence ou faible développement du Takaful, l’assurance islamique ; le besoin de comités de conformité Charia ; la faible liquidité du marché secondaire des Sukuk.

7. Les acteurs de mise en œuvre.

Les acteurs publics et privés concernés dont les principaux acteurs publics sont l’État, à travers le ministère de l’Économie et des Finances ; les ministères sectoriels : infrastructures, santé, éducation, agriculture, énergie ; les collectivités territoriales, pour les marchés, écoles, forages, centres de santé ; la BCEAO, pour le cadre bancaire ; l’Autorité des marchés financiers de l’UEMOA, pour les Sukuk ; UMOA-Titres, pour les émissions de titres publics ; les fonds publics de développement, pour accompagner les PME.

Pour les acteurs privés concernés la Banque islamique de développement, comme partenaire technique et financier ; la BOAD, qui peut intervenir dans les financements régionaux ; les banques et fenêtres islamiques, comme Coris Bank Baraka ; les institutions de microfinance telles que la SCOOP-CA CLB, IFG, etc.; les PME; les coopératives agricoles ; les entreprises de BTP ; les entreprises de transport ; les sociétés minières et sous-traitants ; les opérateurs d’énergie solaire ; les investisseurs institutionnels ; les organisations professionnelles et chambres consulaires.

8. L’aperçu de la finance dans le monde et en Afrique.

Les chiffres et les poids ainsi que la progression de la finance islamique dans le monde montrent un aperçu chiffré du poids et de la progression de la finance islamique dans le monde, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique et dans l’UEMOA, basé sur les données disponibles les plus récentes.

L’industrie de la finance islamique continue sa progression soutenue, s’imposant comme un secteur de plus en plus important dans le système financier mondial et caractérisé par les actifs mondiaux de 5 200 milliards USD (environ 5,2 trillions USD) en 2025 ; une croissance de14,9% en 2025 par rapport à 2024 ; une projection vers un seuil de 6 000 milliards USD devrait être franchi d’ici fin 2026 et une structure du marché largement dominée par le secteur bancaire, qui représente 72% des actifs totaux, soit plus de 2 700 milliards USD. 

En considérant le détail des actifs sous gestion (ou encours) pour chaque région, il ressort que par ordre d’importance, on a l’Asie, l’Europe, les Amériques et l’Afrique. 

Au niveau de la zone Asie, le géant régional, on dénombre les actifs (ASEAN, mi-2025) de près de 950 milliards USD en 2025, soit environ 25% du marché mondial, avec une projection à 1 000 milliards USD fin 2026, les actifs des fonds (Asie-Pacifique, T2 2025) de 51,62 milliards USD , les chiffres clés (Malaisie) : Leader avec environ 300 milliards USD d’actifs bancaires islamiques et 50 milliards USD d’actifs de fonds. a Malaisie et l’Indonésie représentent à elles seules 47% du marché mondial du sukuk (obligation islamique) et les chiffres clés (Indonésie) dont les actifs bancaires islamiques sont de 56 milliards USD. 

Au niveau de la zone Europe, considéré comme un hub en développement de la Finance Islamique, on dénombre des actifs des fonds de 44,29 milliards USD au deuxième trimestre de 2025, les chiffres clés (Turquie) avec un plus grand marché Shariah d’Europe avec 28,75 milliards USD d’actifs, répartis dans 256 fonds (chiffres mi-2025), les chiffres clés (Irlande), deuxième hub européen avec 10,34 milliards USD d’actifs dans 79 fonds (T2 2025). La majorité de ces fonds sont domiciliés par des firmes britanniques et la dynamique de cette région qui attire par son cadre réglementaire, comme en Irlande avec son taux d’imposition bas, ou à Malte avec son nouveau cadre pour les fonds Shariah-compliant. 

 Au niveau de la zone Afrique dont la croissance est la plus rapide, on dénombre les actifs des fonds de 3,82 milliards USD au deuxième trimestre de 2025, une estimation totale : Entre 40 et 45 milliards USD pour l’ensemble des actifs de finance islamique, avec une croissance annuelle dépassant les 20% dans certains pays, les chiffres clés (Afrique du Sud) qui est le leader continental avec 3,15 milliards USD d’actifs de fonds (50 fonds), les chiffres clés (Nigeria) constituant le plus grand marché africain (environ 4 milliards USD) avec une émission de Sukuk souverain de 1,6 milliard USD, avec l’arrivée de nouveaux émetteurs de Sukuk comme la Tanzanie, la Zambie et le Kenya, faisant de .l’Afrique la nouvelle frontière de la finance islamique.

Au niveau de la zone des Amériques, qui constitue un marché dynamique, on dénombre des actifs des fonds de 18,98 milliards USD, au deuxième trimestre 2025, enregistrant la plus forte progression trimestrielle (+16,14%) par rapport au premier trimestre 2025 et dont le marché est porté par les fonds d’actions islamiques, qui représentent la majeure partie des actifs.

Au niveau de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) on constate une présence encore limitée où la finance islamique est encore peu développée. Cependant, des pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal sont engagés comme explorant des cadres pour lancer leurs premiers Sukuk, ce qui laisse entrevoir un potentiel de croissance future. Le Burkina Faso vient de lancer son premier Sukuk de 75 milliards FCFA, pour rentrer dans le cercle restreint des pays engagés dans la promotion et le développement de la Finance Islamique.

9. Les contraintes et risques.

Malgré ses avantages, la finance islamique comporte des contraintes à savoir le manque de connaissance du public : beaucoup de personnes confondent finance islamique et aide gratuite, le coût parfois élevé : certains produits peuvent coûter autant que les crédits classiques si le marché est peu développé, le risque de mauvaise structuration : un produit mal conçu peut perdre sa conformité islamique, le manque de spécialistes : juristes, financiers, experts Charia, comptables, la faible profondeur du marché financier : les Sukuk nécessitent des investisseurs capables de les acheter et de les conserver et e risque politique et sécuritaire : le contexte national peut influencer l’appétit des investisseurs.

10. Les perspectives.

Compte tenu de la situation de la Finance Islamique au Burkina Faso, des perspectives en terme de recommandations adressées aux pouvoirs publics et aux autres acteurs de développement sont formulées ainsi qu’il suit :

a. Mettre en place un cadre institutionnel.

Compte tenu de la méconnaissance de la Finance Islamique au Burkina Faso, il est nécessaire pour les pouvoirs publics de mettre en place un cadre institutionnel adapté pour la promotion et la valorisation de ses produits et services.

b. Développer les Sukuk publics.

L’État peut utiliser les Sukuk pour financer des projets ciblés et visibles concernant les routes rurales ; les centrales solaires ; les logements sociaux ; les hôpitaux ; les écoles techniques ; les barrages et aménagements hydro-agricoles.Il est important que les Sukuk soient liés à des projets clairement identifiés afin d’améliorer la transparence et la confiance des investisseurs.

c. Renforcer la finance islamique pour les PME.

Les banques devraient proposer davantage de produits adaptés aux besoins des entreprises notamment les produits de la Mourabaha pour les équipements ; de l’ijara pour les véhicules et machines ; du Salam pour l’agriculture ; de la Moucharaka pour les projets de croissance et de la Moudaraba pour les jeunes entrepreneurs.

d. Développer la microfinance islamique.

La microfinance islamique peut être un outil puissant pour l’inclusion financière, notamment en milieu rural. Elle pourrait soutenir les femmes, les jeunes et les producteurs agricoles.

e. Former les acteurs sans distinction.

Il faut former les acteurs dont les banquiers ; les cadres du ministère des Finances ; les magistrats et juristes ; les chefs d’entreprise ; les comptables ; les étudiants ; les responsables religieux et communautaires, les populations.

f. Adapter la fiscalité.

Certaines opérations islamiques impliquent plusieurs transactions, par exemple achat puis revente dans la Mourabaha. Si la fiscalité n’est pas adaptée, le coût devient élevé. Il faut donc éviter la double taxation et clarifier le traitement fiscal des produits islamiques.

g. Créer un cadre de gouvernance Charia solide.

Pour garantir la crédibilité du système, les institutions doivent disposer de comités de conformité Charia compétents et indépendants. Ces comités vérifient que les produits proposés respectent les principes de la finance islamique.

La finance islamique représente une opportunité importante pour le Burkina Faso. Elle peut contribuer au financement des infrastructures publiques, au développement des PME, à l’inclusion financière et à la mobilisation de nouvelles ressources internes et externes.

Cependant, elle ne doit pas être considérée comme une solution miracle venant de Dieu mais une solution construite sur la base des principes islamiques en vigueur . Pour qu’elle joue pleinement son rôle, il faut un cadre réglementaire clair, une fiscalité adaptée, des institutions compétentes, des produits simples et une bonne sensibilisation du public et un changement de mentalité vis-à-vis de tout ce qui est « islamique ».

En définitive, la finance islamique pourrait devenir un levier complémentaire de développement économique et social au Burkina Faso, à condition d’être intégrée dans une stratégie nationale de financement durable, inclusive et transparente, avec une composante relative au renforcement de capacité à tous les niveaux.

La finance islamique, par son ancrage dans l’économie réelle, son exigence éthique et son principe de partage des risques, pourrait offrir au Burkina Faso une voie complémentaire pour financer ses infrastructures, accompagner ses entreprises et renforcer l’inclusion financière.

Le succès de la Finance Islamique dépendra toutefois de la qualité du cadre institutionnel, de la formation des acteurs et de la confiance des citoyens et des investisseurs mais surtout d’un changement de paradigme de la part des acteurs de développement et des populations.

Halidou OUEDRAOGOEconomiste-Financierouedhali@yahoo.fr74562899

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