Ouganda : le mégaprojet de TotalEnergies au cœur des controverses.

Le projet Tilenga-EACOP s’impose comme l’un des investissements les plus ambitieux et les plus controversés de TotalEnergies en Afrique. Il associe l’exploitation des importantes réserves pétrolières découvertes dans l’ouest de l’Ouganda à la construction d’un immense oléoduc destiné à acheminer le brut jusqu’à la côte tanzanienne.
Prévu pour entrer en service en 2027, l’East African Crude Oil Pipeline (EACOP) reliera les champs pétroliers de Tilenga et de Kingfisher au port de Tanga, sur l’océan Indien. Long de 1 443 kilomètres, il deviendra le plus long oléoduc chauffé au monde.
Le projet repose sur l’exploitation de deux principaux gisements. À Tilenga, situé sur la rive nord-est du lac Albert, quelque 426 puits seront exploités par TotalEnergies pendant les vingt prochaines années. Plus au sud, sur le site de Kingfisher, une trentaine de puits sont opérés par la compagnie chinoise China National Offshore Oil Corporation, dont TotalEnergies est également partenaire.
Le pétrole ougandais étant particulièrement visqueux, il devra être maintenu à une température d’environ 50 °C tout au long de son transport. L’oléoduc devrait ainsi permettre l’exportation de jusqu’à 246 000 barils de brut par jour grâce à des infrastructures de stockage et de chargement aménagées à Tanga.
Selon le consortium chargé du projet, les travaux étaient réalisés à 84 % en mai dernier. TotalEnergies en détient 62 %, tandis que les compagnies pétrolières nationales ougandaise et tanzanienne possèdent chacune 15 % du capital. La CNOOC contrôle pour sa part 8 % du projet.
Une « bombe carbone » dénoncée par les ONGDepuis son lancement, le projet suscite une forte mobilisation des organisations environnementales. Plusieurs ONG et experts du climat estiment que son impact climatique pourrait être considérable.Le Climate Accountability Institute décrit ainsi Tilenga-EACOP comme une « bombe carbone », estimant que l’ensemble du projet pourrait générer jusqu’à 379 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre au cours de son cycle de vie.
Les inquiétudes concernent également les conséquences locales de l’exploitation pétrolière. Une centaine de puits de Tilenga sont implantés dans le parc national de Murchison Falls National Park, la plus vaste aire protégée du pays. Les défenseurs de l’environnement redoutent des risques de pollution dans des écosystèmes particulièrement sensibles.
L’ONG Earth Insight souligne notamment que l’oléoduc traverse des zones humides, des cours d’eau, des réserves naturelles et plusieurs corridors de migration de la faune sauvage. Les infrastructures portuaires prévues en Tanzanie sont également situées à proximité de zones marines protégées.
TotalEnergies assure de son côté avoir mis en place des mesures strictes de prévention et de compensation environnementale, incluant la restauration de milliers d’hectares de forêts et de zones humides ainsi que des programmes destinés à préserver la biodiversité.
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