La civilisation musulmane était-elle réellement universelle ?

La civilisation musulmane était-elle réellement universelle ?

La civilisation musulmane a évolué d’une culture arabe à une entité universelle intégrant divers peuples et savoirs.

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L’islam naît au VIIe siècle dans la péninsule Arabique. À la mort du Prophète Muhammad en 632, la nouvelle religion reste encore essentiellement implantée dans le monde arabe. Un siècle plus tard, la situation a profondément changé. Le monde musulman s’étend de la péninsule Ibérique jusqu’à l’Asie centrale.

Des peuples très différents entrent alors dans cet espace : Arabes, Perses, Berbères, Égyptiens, Syriens, Turcs, populations d’Afrique subsaharienne ou d’Asie centrale. C’est à partir de cette période que l’on peut véritablement parler d’une civilisation musulmane dépassant largement son berceau d’origine.

Parler d’une civilisation « universelle » ne signifie pas qu’elle aurait été parfaite ou totalement égalitaire. Les sociétés musulmanes ont connu les guerres, les discriminations, l’esclavage, les rivalités ethniques et les luttes de pouvoir. Mais elles ont eu une particularité importante : elles ont permis à des peuples très différents d’entrer dans un même ensemble culturel, religieux et intellectuel, puis d’en devenir eux-mêmes des acteurs majeurs.

Du VIIe au XIe siècle : une civilisation qui cesse rapidement d’être uniquement arabe.

Les premières conquêtes sont très rapides. Damas devient en 661 la capitale du califat omeyyade. En 711, des armées musulmanes entrent dans la péninsule Ibérique. À l’est, elles atteignent l’Asie centrale et la vallée de l’Indus au début du VIIIe siècle. En moins d’un siècle, le pouvoir musulman contrôle donc des régions qui possèdent déjà leurs propres langues, leurs traditions et parfois des civilisations très anciennes.

Un tournant important se produit en 750 avec l’arrivée au pouvoir des Abbassides. La capitale est transférée de Damas à Bagdad, ville fondée en 762. Le centre politique du monde musulman se déplace alors vers une région beaucoup plus proche de la Perse.

Les élites persanes prennent une place croissante dans l’administration, la littérature et la vie intellectuelle. Le califat reste dirigé par une dynastie arabe, mais la civilisation qui se développe autour de lui devient de plus en plus diverse.

Cette évolution se voit très clairement dans le domaine du savoir. Al-Khwarizmi, né vers 780 dans la région du Khwarezm, en Asie centrale, travaille à Bagdad au début du IXe siècle. Ses travaux sur les équations jouent un rôle majeur dans le développement de l’algèbre. Le mot « algorithme » vient d’ailleurs de la latinisation de son nom. Il n’était pas arabe, mais il écrivait en arabe, qui était devenue une grande langue scientifique.

L’imam Al-Bukhari offre un autre exemple. Né en 810 à Boukhara, dans l’actuel Ouzbékistan, il voyage pendant des années à travers le monde musulman pour recueillir les traditions attribuées au Prophète. Il meurt en 870. Son recueil, le Sahih al-Bukhari, devient l’un des ouvrages religieux les plus importants de l’islam sunnite.

L’une des grandes figures de la tradition islamique vient donc d’Asie centrale et non de la péninsule Arabique. Le médecin et philosophe Ibn Sina, connu en Europe sous le nom d’Avicenne, naît en 980 près de Boukhara et meurt en 1037 à Hamadan, en Perse. Son Canon de la médecine devient une référence majeure dans le monde musulman puis en Europe. Traduit en latin au XIIe siècle, il reste étudié pendant plusieurs siècles dans des universités européennes. Là encore, l’une des figures majeures de la civilisation musulmane est issue du monde persan et centre-asiatique.

Le même phénomène apparaît en Afrique du Nord. Kairouan est fondée vers 670 dans l’actuelle Tunisie. Fès est fondée à la fin du VIIIe siècle et devient progressivement un grand centre religieux et commercial. En 859, Fatima al-Fihri fonde à Fès la mosquée Al-Qarawiyyin, autour de laquelle se développe un important centre d’enseignement. Le Maghreb n’est plus simplement une région intégrée au monde musulman : il devient lui-même un lieu de production intellectuelle et religieuse.

À partir du XIe siècle, les Berbères prennent même le contrôle politique d’une grande partie de l’ouest du monde musulman. Les Almoravides construisent un vaste empire à partir des années 1040. Marrakech est fondée vers 1070 et devient leur capitale. Ils contrôlent bientôt une grande partie du Maroc, de l’Algérie occidentale et de l’Espagne musulmane. Au XIIe siècle, les Almohades, autre mouvement d’origine berbère, prennent Marrakech en 1147 et dominent à leur tour une grande partie du Maghreb et d’Al-Andalus.

Cela montre un phénomène essentiel : les peuples intégrés quelques siècles plus tôt au monde musulman ne restent pas à sa périphérie. Ils deviennent savants, dirigeants, commerçants, juristes et bâtisseurs d’empires.

La civilisation musulmane n’est donc plus simplement une civilisation arabe étendue à d’autres régions. Elle devient progressivement une civilisation produite par plusieurs peuples.

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https://oumma.com/la-civilisation-musulmane-etait-elle-reellement-universelle/

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